La marche des 43 associations des démunis et victimes d’expropriation réprimée hier par la police : Six blessés dont un gravement et quatre interpellations - Des femmes se mettent nues pour maudire le pouvoir
Hier mardi 9 mars a été une journée chaude à la Bourse du travail. Et pour cause : des responsables de l’Union des associations et des coordinations d’associations pour le développement et la défense des droits des démunis (UACADDDD) composée d’une quarantaine d’associations membres, avaient appelé leurs militants pour une marche pacifique. La marche, qui devait partir de la Bourse du travail pour aboutir à la Primature, avait pour objectif d’attirer l’attention des autorités sur le sort de ces déguerpis et victimes d’expropriations par l’État et ses démembrements.
Elle a été empêchée par les forces de l’ordre qui, à coups de matraque et de gaz lacrymogène, ont contraint les marcheurs à se replier dans la cour de la Bourse du travail. Des vieilles femmes mécontentes se sont mise nues pour dénoncer cette pratique policière et le pouvoir qui a dépossédé les manifestants de leurs terres. Les échauffourées ont fait six blessés dont un a eu la jambe fracturée. Les limiers du 1er et du 2ème arrondissement ont arrêté quatre marcheurs.
Et pourtant, dans des correspondances datées du 10 février adressées aux autorités compétentes (la mairie de la commune III et le gouvernorat) l’Union des associations et des coordinations d’associations pour le développement et la défense des droits des démunis (UACADDDD) les avait informées de sa marche d’hier en précisant l’itinéraire conformément à la loi.
Ainsi, hier matin, ils étaient des milliers de personnes venues des différentes associations, coopératives, quartiers et villages des environs des communes de Bamako. Parmi la foule, on pouvait remarquer la présence des vieilles personnes, hommes et femmes dont l’âge dépasse la soixantaine.
Elles étaient très excitées et engagées pour faire entendre leur voix, à l’image des lépreux de Djicoroni-Para, qui ont été chassés de leurs jardins sans dédommagement. Arrivés à la Bourse du Travail, ils ont été surpris de voir un impressionnant dispositif sécuritaire déployé par les autorités sur les lieux. Sans se laisser dissuader par cette forte présence des policiers, les marcheurs ont alors décidé de tenir leur manifestation.
Ainsi, les forces de l’ordre se sont imposées par la manière forte. Les coups de matraques distribués et les grenades lacrymogènes lancées ont perturbé sérieusement la circulation tout le long du boulevard de l’Indépendance. Les marcheurs se sont alors repliés dans la cour de la Bourse du Travail. Auparavant, de nombreuses dames mécontentes se sont mises à nu pour maudire les policiers, leurs commanditaires ainsi que le pouvoir d’ATT.
Certaines d’entre elles ont juré d’avoir regretté de voter pour ATT tout en promettant, si le besoin en était, de ne plus lui accorder leurs suffrages. Repliés à la Bourse du Travail, les manifestants n’ont pas arrêté de proférer des injures et des malédictions contre les mêmes personnes citées plus haut.
C’était très émouvant et pathétique de voir ces personnes de troisième âge surexcitées prêtes à en découdre avec les forces de l’ordre n’eût été l’intervention de leurs responsables.
Les policiers ont, par la suite, pris position devant la Bourse du Travail empêchant le mouvement des marcheurs. Ceux-ci ont, alors, tenu une assemblée générale dans la cour de la Bourse du Travail. Au cours de cette assemblée, le Secrétaire général adjoint, Massa Koné, a dénoncé l’attitude des plus hautes autorités qui veulent les empêcher d’exprimer à la face du monde l’injustice foncière dont ils sont victimes.
En effet, il dira que toutes ces personnes sont victimes des pratiques mafieuses des autorités qui spolient les pauvres de leur terre pour les donner aux riches.
Les nombreux litiges mentionnés par l’Union des associations et des coordinations d’associations pour le développement et la défense des droits des démunis (UACADDDD) concernent toutes les communes de Bamako.
Il y a, entre autres, Dianguinébougou-Wèrèda, Kognoumani, Dialakorodji, marché Dibida, Djicoroni-Para, Kalabanbougou, Lafiabougou-Bougoudani, Daoudabougou, Sabalibougou, Niamakoro, Yirimadio, Gouana, N’Tabacoro.
Dans sa déclaration, l’UACADDDD exige le recasement des déguerpis en priorité, le maintien des habitants à leur place en cas d’annulation des projets, la création d’une commission nationale de recasement.
S’agissant des litiges fonciers, elle exige la révision des plans approuvés pour conformité au niveau de l’Institut géographique du Mali, la comparution des maires chargés des affaires domaniales devant les juges, la création d’une commission pour la révision et la délivrance des titres fonciers et le dédommagement des victimes des malversations foncières.
Youssouf CAMARA
10 Mars 2010.
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